Notre histoire

Sophie Louargant et Mélodie Roche vous raconte notre histoire 🙂 Que vous retrouverez en français ci-dessous and in english (here), spanish (here), greek (here)

Quatre ans déjà que les conversations foisonnent dans le réseau NetRAW, Network for Rural Active Women, porté, animé pour et avec les femmes rurales de l’Europe du Sud.Entre séminaires, recherches, échanges et partages, les valeurs se dessinent au gré des fils tissés, de territoires en territoires. L’un d’entre eux situe notre histoire, celui de la place des femmes dans des ruralités renouvelées, dans lesquelles l’écologie et les solidarités ne sont pas qu’un mot inscrit sur un tract électoral. 25 ans déjà que le Cermosem, réveille le monde académique universitaire avec ses recherches, ses formations pour lever le voile sur des impensés sur le vivant que constituent les territoires : égalité des genres, transition écologique, activités sportives, patrimoine, innovation sociale… 10 ans que les Odette à Lamastre secouent les stéréotypes sur les femmes rurales en créant des médias alternatifs et un réseau de femmes formidables. 10 ans que Resilience Earth propose des solutions pour accompagner les collectifs, les personnes dans leur trajectoire en lien avec la transition écologique. 20 ans qu’ Ergani propose d’aider les coopératives de femmes à se développer en Grèce.

De fils en aiguille, la toile du réseau s’agrandit montrant un capital cognitif structuré dans des dispositifs de formation, de recherche, de participation conçus dans un mode de coopération et de circulation de savoirs co-élaborés, à visée émancipatrice.En octobre 2018, à Olot, 35 femmes européennes l’ont remarqué, se former à la démarche appréciative et réfléchir sur l’estime de soi, c’est mieux ensemble. Samya, 48 ans, Aubenas, en parle très bien : « une formation au top, j’avais une bonne estime de moi, mais en parler, travailler avec les Grecques et les Catalanes, ça m’a aidé ». Les tisseuses aiment transmettre leur savoirs et le partager.

Coopérer, faire ensemble, avec et pour les autres, est une seconde valeur structurante d’un réseau européen qui s’est construit à l’initiative d’un projet, pour montrer la diversité, l’audace, la créativité, les initiatives, les innovations, la richesse d’un tissu social, économique, culturel, environnemental portés par les femmes rurales pour valoriser, comme le précise Nicole, Le petit Tournon, Villeneuve de Berg, 70 ans, “de belles énergies”. Les expériences montrent que les agencements vus dans les années 1970 comme alternatifs, s’installent dans un processus de créativité de communs partagés et partageables. Parfois qualifiés d’innovation sociale, parfois de processus “cosmétiques”, ils montrent surtout que le renversement des processus de mise en place des formes de gouvernance est en cours. Les fils ont ainsi tracé des sentiers et relié les aventures, les luttes et les envies de faire ensemble pour avoir une action transformative sur les territoires.

Il ressort souvent de ces discussions, au départ informel, basées sur la confiance, la réciprocité, de la confiance et du partage de valeurs communes. L’expression de ces liens a pu se réaliser dans des espaces de confort, souvent non-mixtes, parfois mixtes pour envisager de dépasser des clichés, de se former, de changer de vie et de faire bouger les codes culturels. Femmes engagées individuellement ou organisées en associations, c’est dans la création de ce capital hétérogène social, culturel, économique, environnemental pour faire vivre et pour vivre dans leur territoire, que se situent les formes de coopérations interpersonnelles qui aboutissent chemin faisant à construire la toile de la communauté.

Le village est et a toujours été au cœur des campagnes et des ruralités. Transformé par les dynamiques, les initiatives en place, notre lab, c’est un village ancré en Ardèche. Il est à la fois physique et virtuel, il comprend des échelles allant du local à l’international, il propose des mises en lien de ressources numériques, mais aussi des accompagnements concrets. Il est une porte ouverte, un champ des possibles à destinations des femmes, des ruralités. Le Women’s Living Lab Village, c’est nous, c’est vous.

Des trajectoires dessinées au fil des ateliers imaginés en récits.

  Les fileuses du lab _ Mirabel, Ardèche, 700 habitants.

Le sud Ardèche foisonne d’initiatives. Véritable territoire de bien-être et de vivre ensemble, ici la ruralité prend tout son sens. C’est ici que Christiana travaille en tant qu’entrepreneure en accompagnant les entreprises et les artisans dans leur transition écologique. À quelques centaines de mètres, Sabine est présidente bénévole d’une association d’animation locale. À travers cet engagement, elle essaie de fédérer les habitants du village et des alentours autour d’une dynamique associative répondant à des temps intergénérationnels, culturels, sportifs et d’entraides solidaires. Elle rêve de développer des partenariats avec d’autres territoires. Dans cette association, Marie est bénévole. Elle travaille dans les administrations depuis 20 ans. Les enfants grands et la maison payée, Marie souhaite s’engager plus fortement sur son territoire et donner un autre sens à une existence qui lui parait toute tracée. Une animation au village va leur permettre d’échanger sur leurs aspirations et leurs velléités futures. Elles y rencontrent Mélanie, jeune arrivante sur le territoire qui souhaite développer et promouvoir l’activité physique et le bien-être pour toutes et tous. Myriam également, installée en contrebas, leur fait part de son parcours et de ses choix lui permettant d’aspirer pleinement à une vie professionnelle dans l’agriculture biologique, en tant que viticultrice, en accord avec ses valeurs. Enfin, Béatrice qui possède un atelier artistique chez elle souhaiterait bien profiter de toutes ces énergies pour créer, échanger et tout simplement partager des temps conviviaux. Ces six femmes, c’est finalement et avant tout une rencontre, autour d’une volonté commune d’améliorer la qualité de vie de leur territoire, de répondre à des besoins locaux de découverte, de partage. Mais aussi une rencontre autour de volontés communes de faire ensemble. Elles font très vite leur, l’adage « seule on va plus vite, ensemble on va plus loin » et décident de mener de front et ensemble leurs projets. La particularité de leur approche est qu’elles mixent à la fois des enjeux professionnels et des aspirations personnelles. Finalement, n’est-ce pas cela de vivre en ruralité ?

Leurs projets et envies se matérialisent assez rapidement autour du désir de partager un lieu. Un lieu à fonctions multiples, qui soit à l’interface des loisirs, du professionnel mais aussi un lieu pour soi, ouvert aux autres ! Ce paradoxe est leur force. Elles décident donc de se renseigner sur le web, via les réseaux sociaux ou encore les réseaux territoriaux sur les dynamiques existantes. Elles découvrent le déploiement des tiers-lieux en ruralité mais aussi des formations spécifiques pour accompagner Marie dans sa réorientation. Leurs recherches les conduisent ainsi sur l’interface du Women’s living lab. Ni une, ni deux, elles se fendent d’un mail, expliquant leur projet et demandant des renseignements sur d’autres dynamiques similaires. Finalement cet échange numérique va se transformer en une rencontre ! Le women’s living lab activé va se révéler comme une véritable ressource de mise en réseau, d’accompagnement, mais aussi d’entraides entre paires. Elles entament donc un accompagnement multiple.

  • Une mise en réseau avec d’autres lieux

  • Une mise en réseau avec d’autres territoires ruraux à l’échelle européenne

  • Un accès à des formations spécifiques

  • Des compétences de montage de projet et une communication accrue

  • L’intégration d’un réseau porteur, permettant d’affiner les besoins mais aussi les envies avant d’implémenter le projet

  • Une affirmation de projets, de femmes en ruralité permettant de montrer et faire entendre les voix et besoins des territoire

Les baroudeuses du lab . Leila, Olot et Chrissa, Thessalonique, automne 2020.

Leila, 20 ans, rêve de voyages, de défis et de s’épanouir dans un monde plus inclusif. En effet, Leila a toujours trouvé qu’être une jeune femme qui rêve n’était pas toujours facile dans la société actuelle. Son bac + 2 dans le tourisme social en poche, Leila cherche un emploi qui lui ressemble. Il parait que les voyages forment la jeunesse, alors Leila choisit de faire un Service Volontaire Européen en Bulgarie. Ce SVE va lui permettre de découvrir d’autres cultures, mais aussi de se faire une expérience dans le tourisme solidaire. Pourtant, en plus de cela, Leila note surtout la complexité pour une femme de voyager seule. Outre le fait d’essuyer regards et autres interpellations, elle remarque que les espaces publics ne sont pas toujours adaptés aux pérégrinations d’une voyageuse solitaire. De retour à Olot, elle décide donc de créer un projet autour d’un tourisme responsable, écologique et égalitaire, mettant en avant les lieux adaptés aux voyageuses seules mais également ceux lieux non adaptés pour toutes personnes porteuses de handicaps. Chrissa, 39 ans, Thessalonique, est aguerrie aux voyages en solo. Chaque année, elle aime découvrir de nouvelles contrées européennes et se retrouver seule face à d’autres cultures, d’autres lieux, d’autres citoyens. Elle en a vécu des galères ! Des villes non accueillantes aux transports non adaptés… mais aussi des belles rencontres ! Des habitants accueillant, des festivals dynamiques, des produits de qualité … finalement, c’est dans les campagnes européennes autour de paysages grandioses qu’elle garde les meilleurs souvenirs. Leila se tourne vers Resilience Earth, coopérative d’accompagnement des projets et de réseaux de femmes sur son territoire.

Resilience, après l’avoir écoutée et accompagnée sur la définition de son projet, décide d’activer le Women’s living lab, et de proposer le projet de Leila sur une incubation plus large d’accompagnement des femmes aux voyages, mais aussi d’identification des lieux adaptés. Ergani Center, le collectif des Odettes et l’Université Grenoble Alpes décident de lancer avec Resilience Earth une grande enquête permettant de recueillir des témoignages de voyageuses. Chrissa, en voyageuse expérimentée, adhère immédiatement à ce projet qu’Ergani Center lui diffuse. Désireuse elle aussi de changer les dynamiques à l’œuvre autour des femmes en espace rural, elle demande au women’s living lab d’être mise en réseau avec Leila pour l’accompagner dans la création de ce projet, et pourquoi pas faire partie de son aventure.

Le women’s living lab : une toile de villages connectés

Tisseuses de liens, fileuses et baroudeuses, la communauté du women’s living lab se veut avant tout une plateforme de ressources, de réseaux et de formations.

Que ce soit autour de Sophie, Mélodie, Sabine, Fanny, Erika, Alba, Monique, Catherine, Annie ou encore Carla, Popi, Anna,  Crissa, Elena, Clara, Céline, pour les autres et pour nous toutes, ces femmes résolument rurales et européennes, vont œuvrer pour que les espaces ruraux soient des lieux de création, d’épanouissement, de projets pour toutes et tous.

Production source : NetRaw : Network for Rural Active Women project (Erasmus + partenariat Stratégique, Mobilité des adultes ), 2017_2020, Erasmus, UE., UGA. Sophie Louargant & Mélodie Roche.

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