Géo’graff

Contextualisation :

Parfois admirés, souvent décriés les graffitis, les tags et autres marques semblent faire partie de l’environnement urbain ordinaire.
Si beaucoup sont facilement visible, parce que présent sur des axes de passages quotidiens, d’autres se font plus discret. Quant à leur signification, elle reste souvent mystérieuse. Tout au plus, ils sont identifiés comme un désordre dans l’espace public auquel il faudrait remédier. 

Le 22 mai 2018, au lycée Xavier Mallet, l’équipe d’animation jeunesse du centre socioculturel est allée à la rencontre des lycéens en leur demandant de compléter la phrase:

“ Taguer c’est …”.

 

D’après les jeunes interrogés, taguer / graffer relève d’une pratique artistique, cela permet de “dessiner” et ainsi s’exposer à la critique subjective du “beau”, cela sur des supports moins conventionnels que sont les mobiliers urbains. Cela permet aussi de s’exprimer. Exprimer ses émotions et ses idées, les lycéens mettent donc aussi en avant la dimension militante de ce moyen d’expression.

Mais ils gardent en tête l’illégalité de cette pratique.

Et si, finalement, les Graffs permettaient de décrypter la ville en mettant en lumière les dynamiques passés et présentes, les imaginaires, la réappropriation de certains lieux publics et les lieux de vie ?
C’est ce que le projet cherche à mettre en avant sur le territoire du Teil, territoire ou la densité de graffeurs et de graff est importante.

Les objectifs sont au nombre de 6 à savoir : 
– Répertorier à travers les graff les lieux de vie des jeunes
– Recenser, analyser et classifier (typologie) les graff  
– Mettre en place une démarche participative avec les jeunes de la commune 
– Faire valoir la culture urbaine
– Créer des itinéraires de découverte du Teil, autrement
– Mettre les jeunes en posture de chercheur sur leur utilisation de l’espace publique

Sous objectifs :
– Appropriation du territoire : par la découverte, l’engagement et la citoyenneté
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L’Étude

Ce projet d’étude des marques s’inscrit dans une démarche globale sur la ville du Teil. L’ADSEA et le Centre socioculturel du Teil, travaillent ensemble et avec leur public respectif depuis longtemps autour des arts de rue et de la culture urbaine (musique, danse, graffitis, tags, …).
Ici nous proposons de porter l’étude sur les marques telles qu’elles soient (Graffitis, tags, pochoirs, gravures, …) avec différents groupes de jeunes (Centre social, ADSEA, un groupe de licence 2 de l’Université Grenoble Alpes, des lycéens).
La mixité des publics prend une place importante dans ce projet.
De plus, tout au long de l’étude ces différents groupes seront accompagnés par une ethnologues pour décrire, analyser et interpréter au mieux ces marques.

Il s’agira de mélanger les publics des acteurs jeunesses ( un public entre 11 et 17 ans de trois quartiers prioritaires et les jeunes de l’ADSEA de 14 à 21 ans), avec un public de 14 étudiants en L2 géographie mention “aménagement du territoire” et un chercheur.
L’analyse de ces marques se déroulera sur deux temps bien distinct :
Le premier se déroulera sur trois jours fin janvier, (30, 31 et 1 février)  avec un groupe de 15 étudiants de licence 2 aménagement à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine (IUGA) de Grenoble. Leur présence prendra la forme d’un challenge créatif

https://www.youtube.com/watch?v=BdcXjQggL4Q&t=2s
 
Film retraçant le déroulé des trois jours de terrain

La seconde étape débutera en Mars 2019 et perdurera jusqu’à novembre 2019. L’expérimentation s’inscrit volontairement dans un temps long et ce pour plusieurs raisons : D’une part car cela s’inscrit dans les temporalités des démarches de recherche en SHS. D’autre part, il se place comme fil conducteurs de diverses actions qui vont être menés par l’ADSEA et le Centre Socioculturel dans l’année 2019.
Ce projet s’inscrit de fait, dans un agenda pré-existant et sera ponctué de temps fort et d’évènements  (mur de graff éphémère, scène hip-hop, etc …) autour de l’art urbain dans le but de conserver et accroître la mobilisation des jeunes mais aussi des habitants autour du projet.
Nous souhaitons mettre en place un observatoire participatif des marques sur la ville du Teil. Celui-ci se découpe en plusieurs phases.


    1) Un temps d’analyse du paysage du Teil.

Pour lancer le projet, un temps d’interprétation du paysage sera organisé. L’objectif est ici de sensibiliser les participants aux dynamiques qui ont existé sur le Teil, les traces que cela a laissé sur le paysage (urbanismes, …) et de faire le parallèle avec les marques (Graffs, …) qui eux aussi peuvent -hypothétiquement- retracé l’histoire de la ville et les dynamiques présentent.
Objectifs : Être curieux, changer de regard sur son espace.

   2) Inventaire participatif des Marques. 


Il s’agira, à l’aide d’outils numériques (Smartphone et application de cartographie) de prendre en photo les marques et d’ajouter un description sur l’environnement dans lequel la photo a été prise.
Cet inventaire sera animé au cours de l’année par des évènements ponctuels et ouvert à tous.

Voir en plein écran

3) L’interprétation collaborative avec une chercheuse (ethnologue). 
C’est la majeure partie du projet et la démarche mise en place est la suivante :

1) Rencontre avec le groupe après une première phase d’observation et de recensement réalisée sur le Teil. 

De la les premiers échanges et retour avec les jeunes commencent et porteront sur les observations, les premières hypothèses, la visualisation des photos réalisées, de la cartographie élaborée, etc.
Le rôle du chercheur sera de travailler sur les représentations des enquêteurs en livrant, au passage, quelques clés d’interprétation des pratiques de graff, pour amener peu à peu les “jeunes” à faire un pas de côté, à adopter une posture réflexive, à expliciter leur rapport à l’objet de recherche mais aussi leurs propres enjeux vis-à-vis de la démarche et à définir, peut-être, de nouvelles hypothèses.

2) Nouvelle phase de terrain pour approfondir et préciser les observations (faire de nouvelles photos, compléter la cartographie, etc.). 

Il y aura, à l’issue de ce temps commun passé sur le terrain, un temps d’échange et de travail avec le groupe ou seront introduit quelques notions théoriques.

3) Prise de contact avec certains graffeurs locaux différents de ceux qui pourraient faire partie du groupe de jeune.

L’idée est de pouvoir réaliser quelques entretiens ethnographiques, préparer en amont avec le groupe.
De la même manière, il s’agira d’enquêter auprès d’acteurs locaux concernés directement ou indirectement par les pratiques de graff.

4) Croisement et analyse des matériaux recueillis (Typologie, interprétation, analyse géographique,  …)

L’animation autour de cette analyse reste à imaginer.
Celle-ci permettra aussi de définir ou de redéfinir la/les forme/s de restitution envisagée/s.

La restitution constitue la dernière étape de la recherche participative.

La forme reste à imaginer. Des idées émergeront au cours de ce travail de 6 mois.
L’idée serait de mettre ce travail en perspective avec les projets de développement existant sur la ville du Teil, ou de l’intégrer dans d’autres dispositifs.